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dimanche 14 septembre 2014 | Par Vincent Rabaud-Carrie

Les maîtres d’école sont des jardiniers en intelligences humaines

Offrant son lot d’incertitudes à la fois pour le personnel enseignant, les parents mais aussi les enfants et adolescent-e-s, la rentrée scolaire est souvent synonyme de débats et discussions politiques enflammés. Cette réalité s’explique avant tout par l’histoire de cette institution si particulière : intimement liée à la République qu’elle accompagne dans sa démarche d’universalité, il est une évidence qu’il n’y a pas d’école sans République mais surtout qu’il n’y a pas de République sans école. Comprendre ce lien historique, c’est également comprendre tout ce que l’école porte comme enjeux politiques. Force émancipatrice par excellence, elle constitue un danger pour celles et ceux qui souhaiteraient libéraliser ses fondements en en faisant le lieu idéal pour l’apprentissage des règles du capital.
 
À la fois patrimoine historique de la République française mais aussi au centre des enjeux sociétaux, nous percevons mieux les raisons qui mènent l’institution scolaire au cœur des programmes électoraux. La dernière élection présidentielle de l’année 2012 n’a pas manqué à cette tradition. Alors que l’UMP s’est évertuée à détricoter cette institution, il était logique que les autres candidats s’engagent à donner de nouvelles perspectives à une situation plus que calamiteuse : Classes surchargées, formation au rabais, suppression de l’aide aux élèves les plus en difficultés etc.
 
Le parti socialiste, aujourd’hui à la tête de l’exécutif, s’est montré particulièrement prolixe en ce domaine. Souvenons nous de ce discours du 9 février 2012 au cours duquel le candidat François Hollande annonce que l’école sera une priorité pour son gouvernement et avance les grandes réformes qu’il portera au cours de son quinquennat : rétablissement de 60 000 postes (alors que 77 000 ont été supprimés), formation des enseignant-e-s, réforme des rythmes scolaires, moyens supplémentaires pour les établissements les plus en difficultés, fin des évaluations à l’école primaire. Cet ensemble de propositions se retrouve dans quelque chose de beaucoup plus large qu’il appelle : refondation de l’école de la République.
 
Trois ans plus tard, qu’en est-il de ces propositions. Hier essoufflée et tirant la langue, l’école a-t-elle retrouvé un second souffle ? Est-elle en capacité de répondre aux problématiques de notre temps ?

La promesse des créations de postes

La création de 60 000 postes sur cinq ans constituait l’objectif far du parti socialiste au moment de la campagne présidentielle de 2012. En effet, la situation d’alors était intenable et la communauté éducative était au bord de l’implosion. Cette proposition, répondant à une urgence et cela même si elle ne comble pas l’ensemble des postes supprimés par la droite, est à saluer. Pour autant, sur les trois dernières années qui viennent de s’écouler, seul 25 000 postes ont été créés. Or, dans un moment politique ou la majorité a fait le choix de l’austérité et des coupes budgétaires, il est difficile d’entrevoir les moyens qui vont être développés pour porter ces 35 000 postes manquant. De plus, on ne peut se satisfaire que cette mise à disposition d’un tel budget pour l’éducation nationale se fasse au détriment des autres institutions sauf à penser que celle-ci ne rentre pas dans une réflexion globale sur l’organisation des services publics.
 
Plus encore, cette question ne peut pas être pensée sans s’intéresser à l’augmentation démographique sur le territoire national. Et justement, dans de nombreux départements, la population ne cesse de croître. C’est le cas notamment en Haute-Garonne et plus particulièrement à Toulouse où la pression démographique sera tout juste comblée par les 148 postes créés pour la rentrée 2014. La conclusion est donc claire : à contrario des promesses du candidat socialiste, les effectifs des classes n’ont en rien diminué. la DEGESCO (direction générale des affaires scolaires), dans un dossier remis à Benoît Hamon lors de sa prise de fonction, vient confirmer cette explosion démographique et l’incapacité des nouveaux postes d’y répondre. En rien les conditions de travail du monde enseignant s’améliorent et comme trop souvent, les premières victimes sont les élèves les plus en difficultés.

La réforme des rythmes scolaires

Annoncée durant la campagne et portée par l’ancien ministre de l’éducation nationale Vincent Peillon, cette mesure, avant même son entrée en application, a été l’objet de vifs débats. Différents arguments ont été donnés pour justifier cette opposition : fatigue des élèves, conditions de travail dégradées, etc. La question du financement, et plus particulièrement des temps périscolaires, est également au centre des polémiques. En effet, d’après le décret d’application du 24 janvier 2013, c’est les collectivités territoriales qui prennent en charge les financements avec, et c’est la moindre des choses, un fond d’amorçage accordé par l’État pour l’année scolaire 2014-2015 et 2015-2016 s’élevant à 50 euros par enfants. Cette aide n’étant que provisoire, la question du financement reste entière notamment pour les communes les plus en difficultés. Étape supplémentaire dans la libéralisation du système éducatif français, c’est les fondements mêmes de la République qui sont ici attaquées. Rappelons nous de l’article premier de la constitution de 1958 soulignant à la fois l’indivisibilité du territoire et l’égalité de tous les citoyens devant la loi. Pire encore, comme cela est le cas à Villeurbanne, la loi donne la possibilité aux communes de demander aux parents de participer au financement. Ouvrir la possibilité d’une remise en cause du principe de gratuité posé en 1881, voilà le nouveau coup de force des libéraux.

Demain enseignant-e : Mais comment ?

Transmettre et partager des savoirs, voici comment nous pourrions définir simplement la tâche des enseignant-e-s. La difficulté de cette mission nécessite, en amont, une réelle formation interrogeant les pratiques et enjeux pédagogiques. Dès la naissance des IUFM (institut universitaire de formation des maîtres) en 1990, de nombreuses critiques, parfois injustifiées, se font attendre sur les carences du système de formation des futur-e-s enseignant-e-s. Ce nivellement par le bas va connaître un véritable virage en 2008 avec, ce qu’il est commun d’appeler, la mastérisation de la formation des professeur-e-s du premier et second degré. L’objectif fixé à l’époque par Xavier Darcos était clair : aller vers une élévation du niveau de formation des enseignant-e-s. Autant dire que cela fut un échec. En effet dans les divers masters proposés, le seul objectif sur les deux années était l’obtention du concours et le formatage intellectuel à des pratiques enseignantes qui ne valent pas la peine d’être interrogées. Le master en poche, l’épreuve du terrain ne se fera qu’après l’obtention du saint Graal académique qui atteste des compétences de celles et ceux qui, se rappelant aux bons souvenirs des hussards noirs de la République, ne connaissent en rien l’univers d’une classe ou d’une salle de cours. Sacrifions des élèves, écœurons toute une génération de jeunes professeur-e-s et ouvrons nos bras aux ordres du libéralisme économique.
 
Les nombreuses critiques qui se sont abattues sur cette réforme n’ont rien de surprenantes. C’est pourquoi, dans le cadre du projet de refondation de l’école de la République porté par le parti socialiste, cette formation est au centre de toutes les problématiques puisque les jeunes professeur-e-s sont et seront en première ligne pour donner cet élan nouveau à l’école de la République.
 
Ainsi, après des discussions houleuses dans les IUFM, dans lesquelles des désaccords sur l’orientation de cette réforme ont été affichés par certain-e-s professeur-e-s mais aussi des étudiant-e-s, le nouveau package gouvernemental expliquant, durant son année de stage, comment devenir un-e bon-ne professeur-e voit le jour à la rentrée 2014. Adepte du compromis, le parti socialiste a su satisfaire les attentes de ses divers interlocuteurs qui, d’un côté, souhaitaient garder la mastérisation et, de l’autre souhaitait le retour de la formation pratique dans les IUFM (aujourd’hui ESPE). Avec un peu plus de clarté, on passe son concours en master 1 et, en master 2 (année de formation pratique) on est professeur stagiaire (mi-temps) et on valide son diplôme universitaire.
 
Tirer des conclusions prématurées sur cette nouvelle formule n’aurait aucun sens. Pour autant, depuis la rentrée, quelques critiques apparaissent. D’une part, de nombreux stagiaires se retrouvent, pour leur stage, très éloignés de leur lieu de formation alors qu’ils doivent s’y rendre toutes les semaines. Ceci constitue une véritable problématique car cela à un coût et génère de la fatigue. À n’en pas douter, cette fatigue aura nécessairement des répercussions sur la qualité de l’enseignement. D’autre part, selon certaines sources syndicales, il apparaît que les attendus du master 2 ne sont pas clairement définis. Cela constitue une réelle problématique puisque le gouvernement se vantait d’avoir remis à l’ordre du jour ce lien entre formation pratique et retour théorique au cours de cette cinquième année d’étude.
 
Considérer l’école comme étant neutre politiquement est une erreur tant cette institution se doit de jouer un rôle déterminant dans les grands changements sociétaux qui nous interrogent quotidiennement.
 
Aujourd’hui, avec les diverses polémiques qui entourent le gouvernement, la question de la 6ème République réapparaît dans le débat public. Dans ce contexte, redéfinir un projet émancipateur dans la continuité de celui défini par les fondateurs de l’instruction obligatoire est indispensable tant l’urgence sociale et écologique exige une institution scolaire ouverte sur notre époque et ses multiples défis qui l’accompagnent.

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